Emmanuel MOUNIER : une vie, un chemin
Un auditeur nous restitue ses impressions.
Emmanuel Mounier, une vie, un chemin
avec Jacques Le Goff*
Groupe de Nantes, le 28 avril 2025
Nous étions 80 participants dont 10 invités par le groupe de Nantes répartis par table de 8 pour faciliter les échanges. Je parlerai ici du parcours biographique et intellectuel de Mounier. Les deux autres thèmes étaient : « que peut-on dire du Personnalisme », et « comment la réalité d’aujourd’hui peut être analysée à la lumière de la pensée de Mounier. »
Emmanuel Mounier est né à Grenoble en 1905 dans un milieu de petite bourgeoisie catholique. Sa formation est à dominante littéraire. Il va en fac de philo. A 23 ans, il est reçu deuxième au concours de l’agrégation, derrière Raymond Aron. Il commence à enseigner. Il a un engagement chrétien et c’est à cette période qu’il rencontre la pensée de Péguy.
Jacques Le Goff a introduit la pensée de Mounier via quatre convictions :
-Conviction 1 : il y a indissociabilité entre le penseur et la pensée, d’où son exigence d’authenticité, d’incarnation de ses convictions, une volonté de dialogue et de compréhension de la pensée des autres.
-Conviction 2 : il a une passion pour la justice.
-Conviction 3 : il insiste sur le risque de dégradation du spirituel en politique, « entropie du spirituel. » Tout peut s’affaisser en oubli, en infidélité ; il y a besoin d’un ressourcement constant.
-Conviction 4 : il a le sens de l’espérance comme moteur de l’action, avec un optimisme tragique et une tension entre valeurs et réalités.
Il refuse la carrière d’enseignant qui s’offre à lui et fonde la revue Esprit pour penser la société dans une perspective mobilisatrice. Il accepte de vivre en conséquence dans une forme de précarité. « L’événement sera notre maître intérieur. » A cette occasion, il opère une triple rupture :
- Rupture avec soi-même : Il est de tempérament contemplatif et il se force à l’action avec la revue. « Toute ma vie a été construite contre mon tempérament. »
- Rupture avec le christianisme sociologique : Le christianisme pour lui s’est dénaturé avec les puissances d’argent. Il y a distorsion entre le dire et le faire. Il rompt avec les démocrates-chrétiens. Il s’agit d’éviter l’eau tiède.
- Rupture avec la société bourgeoise identifiée au désordre établi. Il s’agit de dissocier le spirituel du réactionnaire. Il promeut une approche troisième force. Il aura toujours des difficultés avec le politique. Il vit la tension entre le prophétique et le politique.
Quelques phrases de mise perspective pour conclure :
Le personnalisme ne dicte pas une politique, le personnalisme dicte une attitude en politique.
Le personnalisme est une pensée de l’engagement ; c’est une pensée en mouvement. La personne est en lien avec son environnement. La personne a une responsabilité.
Enfin, Mounier n’aimait pas le terme personnalisme (!) Il mettait en avant la primauté de la Personne.
B.Gros - 21/05/2025
*Professeur émérite des Universités (Droit public, Brest-Quimper). Ancien inspecteur du travail